Philippe Nys
dans la revue scientifique Intermédialités, Numéro 47, printemps 2026, p. 84–102
« contre-cartographier »
Résumé
Il s’agit ici de suivre, tracer, traquer, les pistes d’une anthropologie poïétique dans la perspective du pouvoir des mots et des images à travers le « retour du sol » à l’oeuvre dans l’esprit du temps, dans ce que l’on appelle aussi les « biens communs » dont le bien ultime est ou serait la planète Terre. Celle-ci est dans une telle croissance du danger que plus rien ne pourrait la sauver, pas même un dieu. Il faut la quitter. Le conditionnel n’est même plus de mise pour certains courants technophiles et affairistes. La perspective de quitter la Terre n’est plus seulement de l’ordre de la science-fiction ou de la bande dessinée, elle acquiert de plus en plus une forme plausible, avec sa préfiguration sous l’aspect du tourisme spatial ainsi que les explorations de plus en plus fines et précises d’autres planètes. Que l’on pense, par exemple, aux images extraordinaires d’érosion de la planète Mars. Et ce n’est presque certainement qu’un début. Les implications d’un tel horizon conduisent à constituer et développer le champ élargi d’une géo-logie selon une série de points, de stations dans une « séquence » composée notamment de géo-centrisme, géo-statisme, géo-logie, géo-sophie, géo-poïétique, de géo-graphies, de géo-stories… Qu’en est-il en effet de la planète Terre avec une occupation et un usage des surfaces et couches géologiques qui les épuisent et créent le désert ? Sans être un fantôme, le sol est (re)venu au premier plan de reprises et nouvelles diagnoses du corps de la Terre et de ses éléments constitutifs dans leurs rapports aux actions des sociétés humaines. Depuis une trentaine d’années environ, de nombreuses publications témoignent de ce que l’on peut appeler des herméneutiques de l’architecture, renvoyant à de multiples projets qui ont remis sur le tapis le sol, impliquant le sous-sol et le hors-sol, ces couches mythiques (muthos), philosophiques (logos), technologiques (technè). C’est dans ces perspectives qu’il faut, aujourd’hui, entendre « matières premières ».
https://www.erudit.org/fr/revues/im/2026-n47-im010974/
