D’Architectures nº 321, novembre 2024. Dossier : "Façades : innover malgré les normes", pp. 58-59
La façade constitue un élément essentiel du bâtiment. Sur elle converge une série de contraintes normatives et réglementaires assurant l’isolation thermique, la stabilité au feu, l’inertie, et enfin le confort des occupants à l’intérieur. Dans le domaine de la création architecturale, sur la façade converge également un travail de modulation géométrique et de perfectionnement des proportions, duquel émane une expression formelle allant au-delà des contraintes physiques
A la différence d’autres métiers techniques, en architecture, plus clairement qu’en ingénierie, la forme finale du projet convie une recherche volontairement symbolique et expressive qui transcende la logique et l’efficacité technique des normes et des règles de l’art de la construction. Jean-Nicolas-Louis Durand a décrit cette expression dans le domaine de la création architecturale comme l’« art de produire et de porter à la perfection tout édifice quelconque » à partir des certaines règles préétablies.
Aujourd’hui, la façade devient un espace paradigmatique de liberté, où l’idée de norme s’éloigne des représentations homogènes du standard technique pour se rapprocher de nouvelles références matérielles vivantes issues des milieux vernaculaires. À cet égard, la validation des Règles Professionnelles de la Construction Paille (RPCP, 2012) et la publication des divers guides de bonnes pratiques en matière de construction en terre crue, initiées par les producteurs et artisans locaux, révèlent une réalité sous-jacente, multiforme, participative, à la fois agricole et paysanne, militante pour une approche alternative. Entre l’application des normes techniques et des dispositifs dérogatoires, la façade laisse ainsi émerger une dimension subversive de la création architecturale, qui défie les cadres et les normes de conception et de construction préétablis.
Enfin, face aux compromis actuels des concepteurs, confrontés aux exigences de la transition écologique validées par les accords internationaux et appliquées en France, ce changement de paradigme suggère la possibilité de renforcer un cadre général de création plus sensible aux réalités sociales, techniques et culturelles des contextes de projet. En ce sens, la conception écologique des façades en architecture ouvre aujourd’hui le champ épistémologique de la création à des solutions de performance environnementale qui dépassent la simple logique normative institutionnelle. En tenant compte de la multiplication des variables scientifiques, sociales, économiques, culturelles et environnementales dans les projets, le travail quotidien des architectes sur les façades, à la fois scientifique et heuristique, incite à une réflexion critique qui va au-delà des normes. La façade invite ainsi à porter une attention plus fine à la dégradation écologique, technologique et sociale des milieux naturels.
Voir en ligne : Une brève histoire de la norme en façade par Hector Docarragal Montero